Les épaves du front de mer de Port-Gentil

De nombreuses épaves jonchent les littoraux du monde entier où gisent au fond des océans, il s’agit notamment des navires de guerre, des cargos, des pétroliers, des chimiquiers, des avions ou encore des bateaux de pêche abandonnés par des armateurs sans se soucier des conséquences sur l'environnement.Les épaves du front de mer de Port-Gentil

Le littoral gabonais, long de plus de 800 km de côte n’est pas à l’abri de ce phénomène. L’une des localités du pays où l’on compte un grand nombre d’épaves de bateaux, est bien évidemment le littoral de la ville de Port-Gentil. Dans cet écosystème, les défenseurs de l’environnement sont tétanisés par la présence des masses de ferraille laissées à l’abandon le long des plages de la commune.

Plus grave, le rivage du bord de mer n’est pas loin d’être assimilé à une décharge de déchets solides de sociétés dont les questions de protection de la nature sont reléguées au second plan de développement durable. Le système écologique est en danger. De ce constat, il est difficile de considérer ces sociétés comme entreprises citoyennes.

A regarder de près, l’impression qui se dégage est que la pollution maritime n’est soulevée que lorsqu’on parle des nappes de pétrole, qui y sont déversées. Or, en naviguant, l’on découvre que la façade maritime gabonaise est exposée à une pollution due à la présence de tas de ferraille.Les épaves du front de mer de Port-Gentil

Sources de pollution mais aussi sources de vie, prisées notamment par les plongeurs, dangereuses pour la navigation, les épaves offrent de multiples facettes. En fonction de leur profondeur, les épaves sont colonisées par différentes espèces animales et végétales et agissent comme des dispositifs de concentration du poisson. Elles peuvent constituer des dangers pour la navigation et les engins de pêche.

 « Malgré la multiplication des campagnes de sensibilisation et la sonnette d’alarme à l’endroit des pouvoirs publics, tous nos efforts sont restés sans suite », se plaint le président de l’ONG Muyissi Environnement dont le siège est à Mouila (Sud-Gabon), Ladislas Ndembet. Selon des informations concordantes, ces dangers ont été occasionnés par plusieurs sociétés qui ont disparu : la SOAEM par exemple, la CNII ou encore certains particuliers pourtant bien identifiés.

« L’administration devrait infliger des amandes aux destructeurs de l’environnement », suggère Ousmane Niapa de l’ONG H2O Gabon. L’insouciance de la protection des cours d’eaux et de la mer se lit quotidiennement dans les comportements des uns et des autres. Les trajets sont moyennement balisés, les navigateurs doivent doubler de prudence pendant leur voyage. Parfois, ce sont des épaves de plates-formes qui ont coulé depuis des décennies sans qu’elles ne soient dégagées du chenal maritime.

A quelques mètres de l’entrée du village Ongomo dans le canton Océan près de Port-Gentil, par exemple, en marée basse les petites embarcations (pirogues) ont du mal à s’effraient un passage ; « il faut demander aux occupants de descendre et puis pousser l’embarcation ou attendre la montée d’eau », raconte Thomas, un habitué du circuit. Il est vrai que cette ferraille crée des récifs artificiels pour certaines espèces halieutiques, propices pour leur reproduction ; c’est tout de même un danger pour les usagers.Les épaves du front de mer de Port-Gentil

Une interrogation occupe les conversations des soldats de l’environnement : que fait l’Administration des Affaires maritimes au sujet de l’aménagement de l’espace marin ? Devrait-on attendre une situation catastrophique pour trouver des solutions pour réduire les risques en mer ? Chaque citoyen est interpellé devant les risques de pollution qui guettent le quotidien de chacun.

Indépendamment de leur histoire et de leur nature, les épaves sont considérées comme des biens culturels maritimes, protégés par les règlementations internationale et nationale.

Cependant, nous pensons que, l’Administration des Affaires maritimes doit prendre toutes ses responsabilités et jouer pleinement son rôle dans la mesure où, elle est tenue de procéder  à l’identification du propriétaire de l’Epave et à la conservation de celle-ci, aux frais de ce dernier. Aussi, l’administration des Affaires Maritimes a aussi la possibilité de faire mettre en vente toutes épaves échouées ou ramenées à la côte pour lesquelles aucun propriétaire n’a été déclaré dans les délais requis.  

Par ailleurs, les épaves, tout comme l’acidification des océans et l’immersion des déchets dans les océans sont, entre autres, les principales sources de pollution marine. Notre littoral renferme de nombreuses épaves potentiellement polluantes qui peuvent parfois contenir des quantités importantes d’hydrocarbures engloutis fragilisant la conservation de l’écosystème marin.

A ce propos, la Convention internationale de Nairobi sur l’enlèvement des épaves, ouverte à la signature en 2007, offre un cadre juridique harmonisé et adapté à la gestion de la problématique des épaves. A ce jour, il est regrettable de constater qu'elle ne soit pas encore entrée en vigueur.

Par Danny KOUELE TOLE, Port-Gentil, Gabon. A4/28.02.14

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